Un combat à l’issue certaine

Pour les êtres à haut niveau d’évolution, voir le monde évoluer est comme regarder un film dont ils connaissent déjà la fin. On voit les personnages du film se battre de toutes leurs forces, être épuisés et découragés, mais on sait qu’ils vont triompher du mal à la fin, alors on ne s’inquiète pas autant qu’eux, et pas autant que la première fois où on a vu le film. On sait que ce qui est en train de se passer est nécessaire pour arriver à la fin. Les personnages ne savent pas s’ils vont gagner ou perdre une bataille, et encore moins la guerre (c’est ce qu’on appelle le brouillard de guerre, connu de tous les stratèges militaires), et ils vont effectivement perdre des batailles. Mais celui qui regarde l’action se dérouler sait, pour avoir vu la fin, que la bataille est gagnée d’avance.

C’est encore comme regarder des soldats se battre dans des documentaires sur la seconde guerre mondiale. Eux, on les voit se demander si les nazis vont régner sur le monde de demain, mais nous qui y sommes, nous savons que ça n’arrivera pas, grâce à eux. Ce n’est pas tant que les êtres évolués connaissent l’avenir, car dans les détails rien n’est joué d’avance, mais ce que nous vivons ici, ils l’ont déjà vécu dans d’autres formes ailleurs. Le cycle de l’évolution est toujours le même et se répète à l’infini. Quel que soit le monde d’où on vient, les choses se passent toujours ainsi. On peut donc « prévoir » ce qui va se passer, comme les scénarios des films qui sont toujours fait sur la même structure, ce qui fait qu’on peut connaître les choses dans les grandes lignes, même si on peut être surpris par les détails par lesquels l’action se déroule (c’est là que se manifeste le libre arbitre). Les schémas sont récurrents, les actions sont donc plus ou moins prévisibles.

Ici, c’est la même chose. Les humains vont finir par atteindre un haut niveau d’évolution, même si cela prend du temps, parce que c’est la seule issue à la vie de l’esprit. La mort n’existe pas, et comme un enfant est obligé de devenir adulte, tout les êtres vivants sont destinés à devenir des esprits hautement évolués. Peu importe le temps que cela prend, qui forcément sera très long, mais l’issue est certaine. Si on arrive à garder conscience de cette perspective, on souffrira moins de voir les horreurs de ce monde. Quand Tali voit les humains se tordre de douleur face au désespoir, c’est pour elle comme les pleurs d’un enfants qui vient de se faire mal en tombant. Comme pour l’enfant qui s’est fait mal, la douleur de l’être humain lui semble terrible. Mais elle, avec son recul, sait que c’est une étape nécessaire à la maturation des esprits. Quand elle tombe, elle se relève sans pleurer… et à son niveau elle tombe beaucoup moins !

Elle voit les gens comme ils seront. Ainsi, lorsqu’elle les voit peiner à s’en sortir sur Terre, c’est comme si elle avait l’impression que c’était un lointain souvenir de la vie de la personne, elle se projette avec la personne dans un avenir certain : quand la personne sera comme elle, au même niveau d’évolution. C’est pour cette raison que pour les êtres comme eux, les bas niveau d’évolution ne sont pas des moins que rien, ce sont des merveilles en devenir, qu’ils considèrent d’égal à égal, même s’ils ne sont pas du même niveau d’évolution pour l’instant. Car pour ceux qui sont habitués à voyager dans l’espace, le haut et le bas ne veulent plus rien dire. Il n’y a plus que les choses, telles qu’elles sont par essence. C’est une vision absolue des choses, et non plus relative à la vie qu’on mène.

Il y a un autre écueil qui renforce le « brouillard de guerre », c’est le fait que nous sommes dans une étape de transition, qui peut donner le sentiment que le temps presse et que tous ne s’en sortiront pas s’il n’y a pas une prise de conscience et un changement rapide de comportement. Un seuil va être franchi par l’humanité. Les « bons » et les « méchants » se sont tellement développés chacun dans leur choix d’évolution propre (communautaristes ou hiérarchistes) que leur coexistence n’est plus possible. Il va donc y avoir un tri, que les mythes religieux appellent « le jugement dernier ». Les bienveillants communautaires vont continuer à se développer ensemble pour continuer à progresser, pendant que les autres vont continuer eux aussi à évoluer sur leur voie égoïste, jusqu’à ce que, trop fatigués de se faire du mal les uns aux autres, les uns après les autres, ils cherchent une vie meilleure en ayant compris que la compétition ne les mènera nulle part. Ce n’est pas à proprement parlé un plan d’évolution, c’est juste la nature qui suit son cours, inexorablement.

Il faut bien voir qu’on a pas affaire à un combat manichéen entre le Bien et le Mal à part égale. Il y a juste la vie qui se déroule naturellement. Il y a le Mal, qui est nécessaire à l’évolution, parce qu’il faut bien commencer par les bases et qu’il est nécessaire d’expérimenter le Mal pour prendre conscience du Bien, et il y a le BIEN, qui est l’essence même de la vie et qui triomphe toujours si on regarde les choses de façon très large, au delà de l’illusion du temps.
Il n’y a donc pas à s’inquiéter, tout cette histoire finira bien, même si on ne fait pas toujours ce qu’il faut, même si on ne fait pas les bons choix à un instant T, la Vie nous ramène toujours à elle et nous présente toujours une occasion pour pouvoir faire mieux et grandir. La vie est pleine d’examens qu’on ne cesse de repasser jusqu’à ce qu’on atteigne le niveau pour aller au pallier supérieur. Nous oublions tous que nous avons été autrefois des criminels sanglants, violents et impitoyables sortant du milieu animal pour évoluer jusqu’à ce que nous sommes devenus aujourd’hui. Alors il ne faudrait pas juger ceux qui sont à un stade moins avancé, car nous avons été comme eux, et notre vie est un signe d’espoir pour eux, comme d’autres l’ont été pour nous auparavant.