Les deux camps

Il existe, pour faire simple, deux camps qui s’affrontent. Ceux que j’appelle les communautaristes et les hiérarchistes, souvent appelés ailleurs « service-envers-autrui » et « service-envers-soi ». Les noms exactes n’existent pas, c’est l’idée qui compte.

Le but des hiérarchistes c’est de tout posséder et de tout contrôler. C’est une boulimie sans borne. C’est comme une pyramide, où toujours moins de monde profite de toujours plus de monde. Le but étant de monter les échelons, sans trop s’attarder à profiter de son pouvoir, pour lever les yeux avec envie vers le niveau au dessus. Puis vient le temps où l’on prend conscience qu’on est manipulé, et qu’il va falloir se montrer impitoyable et bien tordu à son tour, afin de pouvoir vaincre cette domination, se faire accepter de ses nouveaux pairs (au détriment d’un autre) et pouvoir dominer en compagnie de ceux qui nous dominaient. Ensuite, c’est le même travail qu’au niveau au dessous, il faut cesser de regarder en bas ce qu’on a, pour regarder en haut ce qu’on a pas encore et se montrer ambitieux. La rage de vaincre, la frustration qui mène au déchaînement, la souffrance acceptée avec abnégation dans l’attente de la vengeance, telles sont les conditions de vie des hiérarchistes (ou service envers soi). Le but ultime est d’avoir… TOUT. Mais la place unique tout en haut est très difficile à prendre, et encore plus à garder. Car il faut beaucoup de sacrifices pour y monter, et il ne reste plus beaucoup de force pour s’y maintenir. Or, nombreux sont ceux qui veulent cette place ! Étant donné qu’il s’agit d’un système pyramidal, par conséquent qui est fait pour être gouverné par un seul, mais que la place de cet unique personne est en perpétuelle instabilité du fait de l’envie des autres de la lui prendre, c’est tout l’ensemble du système qui est chaotique et qui souffre de carences à tous les niveaux. C’est donc un jeu sans fin et stupide aux yeux des communautaristes, qui préfèrent pleurer de joie que de douleurs inutiles, en vivant dans la bienveillance et le partage fraternel. Présenté ainsi, on pourrait se dire qu’il est facile de ne pas choisir cette voie. Mais les hiérarchistes sont malins, séducteurs et trompeurs. Ils ne se présentent jamais sous leur plus mauvais jour. Ce sont souvent sous des apparences de bienveillance, de service pour les autres, d’abnégation, que se cache la plus vile corruption. Les hiérarchistes brillent toujours d’une fausse lumière. Ceux qui se prétendent mauvais au grand jour, qui jouent les « bad boys », sans faux semblant, ne sont que de petits joueurs qui ne sont pas très engagés dans la voie des vrais égoïstes. Il ne faut pas se laisser leurrer. Il peut être facile pour un communautariste de se laisser duper dans un milieu aussi confus que celui des humains et de s’engager sur la mauvaise voie sans s’en rendre compte.

Chez les communautaristes, tout est très différents. Déjà, même si on peut concevoir plusieurs niveaux de développement selon l’expérience de vie et la maturité intérieure, il n’y a, en soi, ni haut ni bas de l’échelle. Celui qui a le plus d’expérience n’a pas besoin de crier pour se faire entendre, et il ne cherche pas à ce qu’on lui obéisse. Il dit ce qu’il ressent et perçoit, et il laisse leur responsabilité aux autres de suivre ou non ses conseils, ce qu’ils feront selon leur propre maturité intérieure. Il n’y a pas besoin de hausser le ton, car même si les choses n’ont pas été bien comprises, la réalité paraît évidente à tout le monde une fois que l’information est communiquée.

Il n’y a jamais d’ordre qui sont donnés, la télépathie et la bienveillance font que tout est naturellement bien coordonné. Chacun sait ce qu’il a de mieux à faire, ce qu’il est capable de faire, quelle est sa place, et il la tient. Tout est fait dans le but de servir le bien commun. Parce que si l’autre va bien, on va soi-même bien. C’est un tout cohérent qui se tient.

C’est donc un milieu extrêmement reposant, ou tout semble glisser naturellement, contrairement au milieu des hiérarchistes, ou tout se frotte et chauffe jusqu’à brûler.

Ce qui ne veut pas dire que chez les communautaristes il n’y a pas de colère, de déception, de découragement, et d’angoisse. C’est simplement que ces choses là sont plus rares, gérées ensemble, et intelligemment.

Même chose chez les hiérarchistes. Ils peuvent avoir un sentiment d’unité, de fraternité dans les épreuves et peuvent même parfois se sacrifier pour leur groupe. Mais les bons sentiments ne durent pas chez eux, comme les mauvais chez nous, et ne sont jamais désintéressés.