Du système monétaire au système solidaire

Le système actuel, basé sur la valorisation de la marchandise (jusqu’à considérer l’humain comme une marchandise bien souvent), était à peu près valable pour le niveau d’évolution dans lequel l’humanité se trouvait jusqu’au début de l’ère industrielle. Il est clair que vu le tournant que prennent les choses, l’humanité est en train de passer à un niveau supérieur, dans lequel un tel système n’a plus sa place.

Ce système, basé sur l’argent et la réussite sociale sur le mode de la compétition, touche à sa fin. Plusieurs spécialistes en économie, qu’on ne peut pas taxer de millénaristes ou de conspirationnistes, parlent déjà de la chute de cette société. Si cela arrive de façon naturelle, le problème que cela pose est que la population, dans les moments de pénurie, s’en prendra très probablement aux responsables et à leurs représentants, engendrant donc une certaine violence, par vengeance, qui empêchera qu’on sorte enfin du cercle vicieux.

L’autre chose qui peut arriver, et je crois que c’est le plus probable, c’est qu’un phénomène naturel vienne mettre à terre l’organisation actuelle. Dans ce cas précis il n’y aura pas de coupables, juste des gouvernants incompétents qui montreront leurs véritables intentions. La population comprendra alors qu’il faut changer de système de pensée, de système de valeur, qu’il vaut mieux apprendre à faire confiance à son voisin (encore faut-il apprendre à le connaître, en sortant d’un modèle social individualiste) qu’à un inconnu à qui on donne quasiment les pleins pouvoirs. Ainsi l’on pourrait passer d’un système monétaire individualiste à un système libre et solidairechacun travaille pour tous et où tout est redistribué gratuitement en fonction des besoins réels. L’expérience a déjà été faite, avec Linux, entre autre. Ce système d’exploitation informatique a atteint un niveau tel qu’il est plus rapide, mieux géré et plus performant à certains niveaux que des systèmes commerciaux. Bientôt, on pourra dire, « si vous payez, vous serez moins bien servi » !

Le rapprochement avec l’exemple des systèmes d’exploitation est d’ailleurs particulièrement intéressant. Les systèmes propriétaires sont des systèmes frileux, dont les mises à jour de sécurité concernent surtout, à mon avis, la protection des biens de la société qui les produit. Ici, la sécurité, le confort et la liberté de l’utilisateur final importent peu. Ce qu’il faut, c’est éviter à ces entreprises de perdre de l’argent, en verrouillant un maximum de choses sur le système. Le résultat est que l’installation prend de plus en plus de place, le fonctionnement utilise un maximum de ressources et les antivirus à eux seuls achèvent l’ordinateur, ne laissant que quelques miettes à l’utilisateur final. Le but de ces entreprises, c’est que la personne ait l’impression que son ordinateur est trop vieux trois an plus tard, et qu’il faut en acheter un autre… avec un système propriétaire tout neuf pré-installé dessus bien entendu. Rien de mieux pour booster les ventes ! Mais en réalité, beaucoup de vielles machines (quoique 10 ans ça ne soit pas très vieux en fin de compte) fonctionnent vite et confortablement avec un système Linux. Et l’apparence n’est pas en reste avec des effets visuels souvent bien plus agréables que sous d’autres systèmes. La communauté des développeurs Linux, qui travaillent majoritairement gratuitement, cherche avant tout à améliorer le confort et la sécurité de l’utilisateur final, dont ils font aussi partie. C’est là l’œuvre de passionnés qui ne comptent pas leurs heures.

Là, on peut voir un parallèle avec la société actuelle. Tout comme avec un système propriétaire, la société libérale se montre sous son vrai jour. Elle n’offre plus les libertés qu’elle prétendait nous apporter. Elle devient lourde, aberrante et contradictoire, ne servant l’intérêt que d’une minorité au détriment de l’ensemble des citoyens. De la même manière, un système propriétaire et le système économique actuel ne servent plus la majorité des gens et fonctionnent pour eux-mêmes. Ainsi donc, il faudrait changer de système. Mais de la même manière que les gens se montrent réticents à passer d’un système propriétaire à Linux jusqu’à ce que leur machine cesse de fonctionner, supportant toujours davantage d’inconfort parce qu’en plus d’avoir du mal à prendre leur machine en main, ils ont avant tout du mal à se prendre en main eux-mêmes, ils préfèrent reporter à plus tard les changements qui s’imposent.

Il y a un moment où il faut faire le pas, quitter le confort et une certaine (fausse) simplicité, pour se montrer plus volontaire et engagé, quitte à en payer le prix. Il y a un temps où il faut comprendre qu’avoir des appareils derniers cris, être à la mode et vivre dans la surconsommation ne sert strictement à rien et n’est pas normal, qu’on peut tout à fait vivre bien avec très peu de choses, que ce qu’on nous dit être indispensable n’est qu’un argument commercial et que beaucoup de ce qui fait la vie moderne est une véritable psychose. Bien sûr quand on est actif, qu’on travaille beaucoup pour se payer des choses inutiles dont on n’a pas le temps de profiter, il devient difficile de trouver le temps de faire des choses vraiment utiles. On ne peut pas alimenter le système qui nous ronge de l’intérieur et lutter contre lui.

Je reconnais que les débuts d’une vie véritablement libre sont difficiles, parfois décourageants, mais si on est porté par la conviction que l’on agit de façon juste et équitable, on comprend que si on prend le temps de s’intéresser à notre propre sort, presque plus rien n’est impossible. C’est laborieux de vivre libre, mais ça en vaut vraiment la peine. Il faut aussi accepter une part de la réalité, qu’on ne peut pas tout avoir tout de suite, contrairement au concept que la société capitaliste à cherché à nous vendre. Apprendre à se débrouiller sous Linux est aussi valorisant que de cultiver soi-même ses pommes de terre. Laborieux, mais valorisant. On se sent bien plus autonome et moins vulnérable.

Il faut bien comprendre qu’il n’y a pas de demie mesure possible. « On ne fait pas du neuf avec du vieux ». Là où il y aura de l’argent, c’est-à-dire un symbole de la valeur des choses, il y aura toujours un détournement malsain de son utilisation. Une simple pièce de monnaie peut être vue comme la graine du « mal » plantée dans un monde prometteur. L’utilisation de l’argent n’est nécessaire qu’aux puissants de la finance qui gouvernent ainsi le monde par leurs mensonges et leurs illusions. La réalité est tout autre. Dans la vraie vie, on peut tout à fait travailler les uns pour les autres, en se donnant les uns aux autres ce dont on a besoin pour vivre, en mettant en pratique cette règle simple : fait pour les autres ce que tu aimerais que l’on fasse pour toi, et ne leur fais pas ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse.

J’étais étonné de voir les envahisseurs extraterrestres du film « Host » vivre de cette manière. La scène où la femme va faire ses courses dans un supermarché et ressort sans payer (scène à 1:32:12), sans que cela pose problème, est tout à fait ce vers quoi il faut tendre.